La sécurisation de l’utilisation des thérapeutiques anticancéreuses orales était un objectif du plan cancer 2014-2019.2

L’augmentation des thérapeutiques orales disponibles en ville (50% des traitements anticancéreux en 2020) et la prochaine mise en place d’entretiens pharmaceutiques dédiés aux anticancéreux par voie orale placent l’équipe officinale au coeur du dispositif.

Près de 80 % des thérapeutiques anticancéreuses orales autorisées dans la dernière décennie (entre 2010 et 2015) sont des thérapies ciblées.3



Thérapeutiques anticancéreuses orales : un vrai changement de paradigme pour les patients et les soignants

 

  • La plupart des nouveaux médicaments anticancéreux sont synonymes d’efficacité et d’innovation7, toutefois, le fait de prendre un médicament par voie orale peut, a contrario, conduire le patient et son entourage à considérer à tort le traitement comme moins toxique.8
  • Par ailleurs, les précautions en termes d’interactions médicamenteuses et la gestion des effets indésirables peuvent se révéler plus complexes en dehors de la structure hospitalière d’autant qu’il peut être difficile d’organiser une bonne coordination entre les soignants.
  • Le patient est autonome, mais aussi plus seul, ce qui pourrait potentiellement augmenter le risque de mauvaise observance.

Chaque acteur de santé concerné se doit donc d’être particulièrement vigilant auprès de ces patients pour qu’ils puissent bénéficier du confort d’une voie orale (autonomie, domicile, pas d’abord veineux, moins d’hospitalisations…) sans que cela ne génère de complications ou ne risque d’entraîner une perte de chance.5

 

Un anticancéreux par voie orale est un traitement anticancéreux à part entière.



Les thérapies ciblées

Qu’est-ce qu’une thérapie ciblée ?9

Les thérapies ciblées font partie de ce que l’on appelle la médecine de précision. Elles s’utilisent seules ou en association avec d’autres traitements et se présentent le plus souvent par voie orale. Elles sont conçues pour bloquer la croissance ou la propagation des cellules tumorales. Elles agissent sur les altérations moléculaires ou sur les mécanismes qui sont à l’origine de leur développement ou de leur dissémination.

Cette action dite « ciblée » permet d’agir plus spécifiquement sur les cellules tumorales et, ainsi, limiter les dommages subis par les cellules normales.

Les thérapies ciblées peuvent agir à différents niveaux de la tumeur ou des cellules qui l’environnent.

Pour quels patients ?10

Il existe aujourd’hui un grand nombre de thérapies ciblées qui s’adressent à un grand nombre de cancers. Toutefois, avant de proposer une thérapie ciblée à un patient, il faut réaliser un examen préalable (test moléculaire à partir d’une biopsie ou d’un prélèvement sanguin) en laboratoire spécialisé. Cela permettra d’identifier les altérations moléculaires de la tumeur (anomalies de l’ADN consécutives au cancer par mutation, amplifications, délétions/insertions) et de déterminer s’il existe une cible qui pourra être visée par une thérapeutique donnée. Si c’est le cas, le patient pourra bénéficier d’une thérapie ciblée. Dans le cas contraire, les médecins auront recours à des thérapeutiques plus classiques.


Principales classes de thérapies ciblées ?11

 

Les anticorps monoclonaux : ils agissent sur le versant extracellulaire au niveau des ligands (facteurs de croissance, ligands : VEGF*, EGF**, IGF1***, etc) ou du récepteur transmembranaire (EGFR****). En s’attachant à ce récepteur de l’EGF, les traitements désactivent les enzymes (des kinases) qui favorisent la division cellulaire.

Les inhibiteurs de tyrosine kinase (ITK) agissent sur le versant intracellulaire des récepteurs transmembranaires ou sur les voies de signalisation en aval (anti-MEK, anti-RAF, anti mTOR, protéines de voies de signalisation impliquées dans plusieurs fonctions cellulaires).

* VGFR (VEGF): vascular growth factor, facteur de croissance de l’endothélium vasculaire
** EGF : epithelial growth factor
*** IGF1 : insulin-like growth factor-1
**** EGFR : epithelial growth factor receptor

 

Thérapies ciblées : des effets secondaires spécifiques ?12,13,14,15

De par le principe même des thérapies ciblées, elles permettent de mieux préserver l’ensemble des cellules normales. Toutefois, on a pu observer des effets indésirables spécifiques sur certains tissus : entre autres une expression un peu différente des mucites par rapport aux chimiothérapies classiques, des éruptions cutanées inflammatoires ou encore le syndrome mains-pieds ; érythème palmo-plantaire douloureux parfois associé à des dyesthésies et une desquamation.

Sans prise en charge appropriée, la survenue de ces effets peut entraîner douleurs, complications et compromettre la poursuite du traitement. Il est donc primordial d’informer le patient de leur possible survenue, de lui délivrer tous les conseils utiles de prévention et de rester à son écoute pour intervenir dès les premiers signes.

La relation de confiance et de proximité établie avec l’équipe officinale est un atout majeur pour relayer ces informations de prévention, rester à l’écoute et orienter vers l’équipe hospitalière dès que nécessaire.



POUR VOUS AIDER DANS CETTE MISSION,
VOUS POUVEZ RETROUVER NOS FICHES PRATIQUES

Fiche dispensation d’un traitement anticancéreux oral

Fiche Signes d’alerte


Fiches gestion des effets indésirables

Nausées-vomissements

Diarrhées


Troubles cutanés




  1. Données globales d’épidémiologie des cancers. https://www.e-cancer.fr/Professionnels-de-sante/Les-chiffres-du-cancer-en-France/Epidemiologie-des-cancers/Donnees-globales (consulté le 03/11/2020)
  2. Plan Cancer 2014-2019. 2e édition. 2015
  3. INCA. Développement des anticancéreux oraux. Projections à court, moyen et long termes. Collection état des lieux et des connaissances. 2016
  4. Collège national de pharmacologie médicale. https://pharmacomedicale.org/medicaments/par-specialites/item/anticancereux-les-points-essentiels (consulté le 03/11/2020)
  5. Renet S et al. Parcours de soins : modélisation et analyse des risques induits par les anticancéreux oraux. Bull Cancer. 2016; 103: 345-52
  6. INCA. Parcours de soin d’un patient traité par anticancéreux oraux. 2016
  7. Fondation ARC. Les traitements et les soins de support.
  8. OMEDIT. Avantages et inconvénients de la chimiothérapie anticancéreuse orale. www.omedit-centre.fr/CHIMIO-ORALES_ web_gen_web/co/4-Avantages_et_Inconvenients_de_la_chimiotherapie_orale.html (consulté le 03/11/20)
  9. INCA. Médecine de précision : mécanismes d’action. https://www.e-cancer.fr/Comprendre-prevenir-depister/Comprendre-la-recherche/La-medecine-de-precision/Mecanismes-d-action (consulté le 03/11/2020)
  10. INCA. Votre médecin va faire réaliser une analyse moléculaire de votre tumeur pour envisager la possibilité d’un traitement par thérapies ciblées. Cancer Info.
  11. Walter T, Forestier J. Les différentes classes de thérapies ciblées. Lettre de l’Hépato-gastroentérologue. 2016 ; 19(2) : 74-9
  12. Auffret N. Complications cutanées des chimiothérapies. La lettre du cancérologue. 2007 ; 16 (9) : 401-4
  13. Bensadoun RJ, Collangettes D, Fricain JC. Prise en charge de la toxicité des thérapies ciblées sur les muqueuses buccales et gastro-intestinales dans le traitement du cancer du sein. La Lettre du Cancérologue.
  14. OMEDIT. Fiche d’aide à la prise en charge des mucites. 20/03/2018 https://www.omeditbretagne.fr/wp-content/uploads/2020/01/c29dfff3-f32e-4dea-b245-ba77bb297964.pdf (consulté le 23/12/2020)
  15. OMEDIT. Fiche d’aide à la prise en charge de la toxicité cutanée. https://www.omedit-paysdelaloire.fr/wp-content/uploads/2020/07/Toxicit%C3%A9-cutan%C3%A9e-20180320.pdf (consulté le 23/12/2020)
  16. UPSO. Accompagnement des patients sous anticancéreux oraux. Guide d’accompagnement et fiche de suivi patient.
  17. UPSO. Accompagnement anticancéreux oraux. Guide d’aide à la réalisation.

FR-ONC-200019 - 04/2021