Les MIC : un état pro-inflammatoire persistant et prolongé 1

L’inflammation est l’ensemble des mécanismes réactionnels de défense par lesquels l’organisme reconnaît, détruit et élimine toutes les substances qui lui sont étrangères.

Sur le plan clinique visible, elle se manifeste localement par l’apparition de 2 :

  • douleur
  • rougeur 
  • œdème

La libération de médiateurs de l’inflammation peut conduire à l’apparition de signes généraux (amaigrissement 3,4, fièvre ou asthénie 5). 

Parfois, la réaction inflammatoire s’emballe, va au-delà de ses objectifs et entraîne, de ce fait, des effets délétères par excès d’inflammation.

Les causes de l’inflammation sont nombreuses et variées : agent infectieux, substance étrangère inerte, agent physique, lésion cyto-tissulaire post-traumatique…

Liste non exhaustive d’agents pouvant induire un mécanisme inflammatoire 1,4,6,7

L’inflammation commence par une réaction de « reconnaissance » faisant intervenir certaines cellules de l’organisme (monocytes, macrophages, lymphocytes) ou des protéines circulantes (anticorps, protéines du complément, facteur de Hageman…) 5.

À la phase de reconnaissance fait suite la mise en jeu séquentielle de tout un ensemble de cellules et de médiateurs dont l’ordre d’intervention est complexe et variable. Des médiateurs de l’inflammation, comme les prostaglandines et les cytokines (IL-1, IL-6, IL-8, IL-10, TNFα…) produits par différents types de cellules, peuvent agir sur d’autres cellules et aussi parfois mettre en place un contrôle de leur propre production par régulation rétroactive. Ce qui montre alors la complexité des mécanismes de la réaction inflammatoire 5.

Implication du TNFα

Le TNFα est la plus importante des cytokines pro-inflammatoires et il a un rôle central connu dans les MIC 2. En effet, le TNFα est impliqué dans diverses pathologies car il est présent dans de nombreux tissus comme le présente la figure ci-dessous 8,9.

Il est produit en réponse à une infection dans le but de conférer une immunité à l'hôte 10. À fortes concentrations, le TNFα peut conduire directement ou indirectement à une forte inflammation et à des lésions des organes 11

L’implication du TNFα dans de nombreuses pathologies du cerveau, des vaisseaux sanguins, de la moelle osseuse, des yeux 8,9, pourrait expliquer en partie les nombreux signes associés et co-morbidités identifiées chez les personnes souffrant de MIC.

Inter-relations et comorbidités associées dans les MIC

Un grand nombre d’inter-relations existent entre les MIC. 

  • Des études montrent qu’environ 30% des patients atteints de psoriasis développeront un rhumatisme psoriasique 12.
  • Le risque de développer une maladie de Crohn est 3 fois plus élevé chez les patients atteints de psoriasis. Inversement, le risque de développer un psoriasis est multiplié par 7 chez les patients atteints de maladie de Crohn 13.
  • Il est estimé que 25 à 30% des patients atteints de MICI souffrent de manifestations ostéoarticulaires. Les symptômes articulaires peuvent précéder les manifestations digestives (19%), être concomitants (34%) ou apparaître après les signes digestifs (48%) 14.

Les comorbidités sont elles aussi importantes dans les MIC et leur fréquence varie selon la pathologie :

  • SNC (système nerveux central) et dépression : les patients atteints de spondylarthrite ankylosante précoce sont plus sujets à la dépression 15. Chez les patients atteints de MICI, la prévalence de l’anxiété est de 20% et la prévalence de la dépression est de 15% 16
  • Hypertension : elle concerne 26% des patients psoriasiques en France 17.
  • Maladies cardiovasculaires : le risque d’AVC est plus élevé chez les patients atteints de maladie de Crohn 18. La mortalité cardiovasculaire augmente de 50% chez les patients atteints de polyarthrite rhumatoïde par rapport à la population générale 19.
  • Syndrome métabolique : il y a un risque de 30% chez les patients psoriasiques de développer un syndrome métabolique 14
  • Uvéite 20 : c’est la complication la plus fréquente dans la spondylarthrite ankylosante. Elle est très fréquente également chez les patients atteints de rhumatisme psoriasique.
  1. Cicchitti L et al. Chronic inflammatory disease and osteopathy: a systematic review. PLoS One 2015;10(3):1-18.
  2. Inserm. MICI. Disponible sur le site : https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/maladies-inflammatoires-chroniques-intestin-mici. Consulté le 24/07/2020.
  3. Ameli.fr. Bien utiliser les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS). 2018. Disponible sur le site : https://www.ameli.fr/assure/sante/utiliser-medicaments/utiliser-anti-inflammatoires. Consulté le 24/07/2020.
  4. Inserm. Polyarthrite rhumatoïde. Disponible sur le site : https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/polyarthrite-rhumatoïde. Consulté le 24/07/2020.
  5. Abal M et al. Réaction inflammatoire : aspects biologiques et cliniques. Conduite à tenir. DCEM2. Module 1. Item 112. http://www.medecine.ups-tlse.fr/DCEM2/module8/item112/indexI1.htm. Consulté le 24/07/2020.  
  6. SPIN. Skin Inflammation & Psoriasis International Network. An international network. August 2018.
  7. Noack M, Kolopp-Sarda MN. Cytokines et inflammation : physiologie, physiopathologie et utilisation thérapeutique. Revue francophone des laboratoires. 2018;499:28-37.
  8. Bradley JR. TNF-mediated inflammatory disease. J Pathol 2008;214:149-60.
  9. Miossec P. TNFα et polyarthrite rhumatoïde: compréhension du mode d'action et des effets secondaires des inhibiteurs thérapeutiques. Rev Rhum. 2004;71:14s·21s.
  10. Apostolaki M et al. Cellular mechanisms of TNF function in models of inflammation and autoimmunity. Curr Dir Autoimmun. Basel Karger. 2010;11:1-26.
  11. Tracey D et al. Tumor necrosis factor antagonist mechanisms of action: a comprehensive review. Pharm Therap 2008;117:244-279.
  12. Ritchlin C et al. Psoriatic Arthritis. N Engl J Med 2017; 376:957-70.
  13. Bessis D. Psoriasis sévère, au-delà de la peau, quel est le risque à ne pas traiter ? Ann Dermatol 2008, 135, Sup 5, S285-S289.
  14. Faure P. MICI mémo. Manifestations rhumatologiques et MICI. CREGG. 2012;n°15.
  15. Mease PJ, Armstrong AW. Managing patients with psoriatic disease: The diagnosis and pharmacologic treatment of psoriatic arthritis in patients with psoriasis.Drugs 2014;74:423-241.
  16. Neuendorf R et al. Depression and anxiety in patients with inflammatory bowel disease: a systematic review. J psychosom Res. 2016; 87:70-80.
  17. Phan C et al. Metabolic comorbidities and hypertension in psoriasis patients in France. Comparisons with French national databases. Annales de dermatologie et de vénéréologie. 2016;143:264-74.
  18. Keller JJ et al. Increased risk of stroke among patients with Crohn’s disease: a population-based matched cohort study. Int J Colorectal Dis. 2015;30(5):645-653.
  19. Avina-Zubieta JA, et al. Risk of cardiovascular mortality in patients with rheumatoid arthritis: meta-analysis of observational studies. Arthritis Rheum 2008;59(12):1690-1697.
  20. Zebulon N, Dougados M, Gossec L. Prevalence and characteristics of uveitis in the spondyloarthropathies: a systematic literature review. Ann Rheum Dis. 2008;67(7):955-959.

FR-IMM-190114 - Date de publication : 11/2020